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Assurances de personnes

Assurance homme clé : l’entreprise assurée contre la perte d’une personne

01 — Le principe

Un contrat de l’entreprise, à son propre profit

Ce n’est pas de la protection sociale. C’est l’entreprise qui souscrit, qui paie, et qui perçoit.

L’assurance homme clé — on parle aussi de garantie homme clé — couvre l’entreprise contre les conséquences économiques de la disparition ou de l’immobilisation d’une personne dont l’activité conditionne son exploitation. Le contrat est souscrit par l’entreprise, sur la tête de cette personne, et à son propre profit.

C’est elle qui souscrit, elle qui paie la prime, elle qui perçoit l’indemnité. Rien n’est versé aux proches de la personne assurée : les protéger relève d’un contrat distinct, souscrit à leur bénéfice. La confusion est fréquente, et elle se découvre au plus mauvais moment.

Ce que la garantie couvre : la perte économique subie par l’entreprise. Selon le contrat, l’événement déclencheur est le décès seul, ou le décès et l’incapacité ou l’invalidité prolongée. Cette étendue n’est pas un détail de rédaction : une garantie limitée au décès ne joue pas lorsque la personne est durablement empêchée — le cas le plus fréquent.

Ce qu’elle ne couvre pas : aucun préjudice personnel, aucune perte de revenu pour la personne assurée ou pour sa famille, aucune dette privée. Elle ne remplace ni la protection sociale du dirigeant, ni un régime collectif de prévoyance.

02 — Les personnes

Qui peut être une personne clé

Le contrat ne vise pas une fonction, il vise une dépendance. Est une personne clé celle dont l’absence prolongée ferait chuter l’activité — pas celle dont le titre est le plus élevé.

Quatre profils reviennent en pratique.

  • Le dirigeant, lorsqu’il porte lui-même la relation bancaire, les décisions d’engagement et une part de la production.
  • L’associé opérationnel, dont le départ pose en même temps une question de gouvernance et une question de capital.
  • Le commercial qui détient la relation client, quand un carnet de commandes tient à une personne et non à une marque.
  • Le technicien détenant un savoir-faire — un procédé, un réglage, une certification nominative — que l’entreprise n’a jamais documenté.

Le test tient en une question : si cette personne s’arrête six mois, que se passe-t-il ? Une entreprise qui répond « rien de grave » n’a pas besoin de ce contrat. Une entreprise qui hésite a une réponse à écrire avant d’assurer quoi que ce soit.

03 — L’indemnité

Ce que l’indemnité permet de financer

L’indemnité est un capital versé à l’entreprise, libre d’affectation. Elle absorbe trois choses.

La perte d’exploitation. La marge que l’entreprise ne fera pas pendant la période où l’activité est réduite. C’est le poste le plus lourd, et le plus difficile à faire admettre après coup s’il n’a pas été estimé avant.

Les charges qu’il faut engager pour continuer. Le recrutement d’un remplaçant et le temps de sa montée en compétence, le recours à un prestataire extérieur, la reprise des dossiers en cours, la reconstitution d’un savoir-faire que personne n’avait écrit.

Les engagements financiers qui deviennent exigibles. Une banque peut exiger le remboursement anticipé d’un prêt dont la personne était la caution ou la condition. C’est le poste le plus brutal : il tombe quand la trésorerie est déjà sous tension.

04 — Le montant

Comment s’estime le montant à garantir

Un capital choisi en chiffre rond se discute mal au moment du sinistre. Le montant s’établit, il ne se décide pas.

Trois éléments le construisent : la durée de remplacement réaliste — combien de mois pour recruter, intégrer et rendre productive une personne équivalente ; la perte de marge sur cette durée, calculée sur la contribution réelle de la personne et non sur le chiffre d’affaires global ; et les coûts non récurrents.

L’estimation doit être écrite et datée, et reprise quand l’entreprise change de taille : un capital calibré sur un exercice d’il y a cinq ans se révèle insuffisant au moment où l’on en a besoin. C’est l’un des points que l’audit chiffre, avant qu’un contrat ne soit envisagé.

05 — Le consentement

Le consentement écrit de l’assuré

Une assurance souscrite par un tiers sur la tête d’une personne, en cas de décès, est nulle sans le consentement écrit de cette personne.

L’exigence est celle de l’article L. 132-2 du code des assurances : le consentement écrit de l’assuré est requis, et son absence entraîne la nullité du contrat de plein droit.

C’est une formalité : une signature. Mais son absence prive le contrat de tout effet, et le défaut ne se découvre qu’à la déclaration du sinistre — trop tard, après des années de primes payées pour rien.

Un contrat repris lors d’une restructuration, ou dont la personne assurée a changé, est le premier endroit où nous regardons.

06 — À ne pas confondre

L’assurance croisée entre associés

On souscrit souvent les deux au même moment, et on les confond. Ils ne répondent pas à la même question.

L’assurance homme clé indemnise l’entreprise de sa perte d’exploitation. L’assurance croisée entre associés a un autre objet : permettre aux associés survivants de racheter les parts de celui qui disparaît, sans avoir à les négocier avec ses héritiers ni à les financer sur leur trésorerie personnelle.

Bénéficiaire, objet, traitement fiscal : rien n’est identique. La continuité de l’exploitation d’un côté, celle du capital de l’autre. L’une ne dispense pas de l’autre, et leur articulation avec le pacte d’associés se prépare avec votre conseil.

07 — La fiscalité

Le traitement fiscal

Les primes sont déductibles du résultat imposable, sous conditions strictes : l’entreprise doit être l’unique bénéficiaire du contrat, et celui-ci doit être souscrit dans l’intérêt direct de l’exploitation. L’indemnité perçue est en retour un produit imposable, dont l’imposition peut être étalée sur cinq exercices. La doctrine applicable est publiée au Bulletin officiel des finances publiques, sous la référence BOI-BIC-CHG-40-20-20.

L’application à une entreprise donnée dépend du montage retenu et de sa situation. C’est une question à trancher en amont avec votre expert-comptable, pas à découvrir au moment du sinistre.

08 — Notre intervention

Ce que l’audit vérifie

Un contrat se juge sur des points dont aucun n’apparaît sur une plaquette.

  • Le consentement écrit de la personne assurée figure au dossier, signé, et correspond à la personne effectivement couverte aujourd’hui.
  • L’événement déclencheur est celui que l’entreprise croit avoir souscrit : décès seul, ou décès et incapacité ou invalidité prolongée.
  • Le capital garanti repose sur une estimation écrite et datée, et non sur un chiffre rond reconduit d’année en année.
  • Le bénéficiaire désigné est bien l’entreprise, et la clause n’a pas été laissée au modèle standard de l’assureur.
  • La déductibilité des primes a été validée avec l’expert-comptable, et l’imposition de l’indemnité est anticipée.
  • Le contrat est distinct de l’assurance croisée entre associés, et les deux ne se recouvrent ni ne se contredisent.

Le contrat n’arrive qu’ensuite, et seulement s’il est justifié. C’est la méthode du cabinet, appliquée ici comme ailleurs.

09 — Questions fréquentes

Ce que les dirigeants nous demandent

Qui perçoit l’indemnité d’une assurance homme clé ?

L’entreprise, et elle seule. C’est elle qui souscrit le contrat, qui paie la prime et qui perçoit l’indemnité.

Rien n’est versé à la famille de la personne assurée : protéger les proches relève d’un contrat distinct, souscrit à leur bénéfice.

Faut-il l’accord de la personne assurée ?

Oui, et par écrit. Une assurance souscrite par un tiers sur la tête d’une personne, en cas de décès, est nulle sans le consentement écrit de cette personne.

Sans elle, le contrat est sans effet, et le défaut ne se découvre qu’à la déclaration du sinistre, après des années de primes payées pour rien.

Quelle différence avec une assurance croisée entre associés ?

L’objet et le bénéficiaire. L’assurance homme clé indemnise l’entreprise de sa perte d’exploitation. L’assurance croisée permet aux associés survivants de racheter les parts de celui qui disparaît.

Deux questions distinctes — la continuité de l’exploitation, celle du capital — et l’une ne dispense pas de l’autre.

Comment fixe-t-on le montant à garantir ?

En l’estimant, pas en le décidant. Il faut une durée de remplacement réaliste, la perte de marge sur cette durée, et les coûts non récurrents que la situation impose.

Un chiffre rond se discute mal au moment du sinistre. L’estimation doit être écrite, datée, et reprise quand l’entreprise change de taille.

Les primes sont-elles déductibles ?

Sous conditions strictes : l’entreprise doit être l’unique bénéficiaire du contrat, et celui-ci doit être souscrit dans l’intérêt direct de l’exploitation. L’indemnité perçue est en retour imposable, avec un étalement possible sur cinq exercices.

L’application dépend du montage retenu et de la situation de l’entreprise : à trancher en amont avec votre expert-comptable.

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